Jeudi 26 août 2010
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Rodolphe Cahn (Licra) : « Le phénomène s’accentue »
« On ne constate pas, ces dernières années, de baisse des actes racistes ou xénophobes — bien au contraire,
il y a clairement accentuation du phénomène, ne serait-ce qu’à cause du fait que l’on exacerbe partout les origines des gens. De façon générale, j’ai d’ailleurs l’impression que l’époque est à la
banalisation du racisme, sûrement en partie parce que l’on exacerbe la question de l’origine des gens. Le problème, malheureusement, c’est de réussir à caractériser les faits d’un point de vue
juridique. »
La difficulté de la preuve
On aura compris que Rodolphe Cahn, président de la section mulhousienne de la Licra (Ligue internationale
contre le racisme et l’antisémitisme), est avocat de profession… D’où ce regard un peu désabusé du juriste, qui ne connaît que trop bien la difficulté de la preuve, en particulier en matière
d’actes à connotation xénophobe ou raciste : « Si c’est juste parole contre parole, alors, hélas, on sait d’avance que ça n’aboutira pas. Inutile, du coup, d’écrire au procureur… »
Et la Ville ? « Je pense qu’au niveau de la municipalité, il y a une réelle volonté de faire ‘‘ce qu’il
faut’’ — mais il y a beaucoup de réunionite et on n’agit jamais vraiment à la hauteur du problème. »
Voilà pour l’aspect juridique et institutionnelle… Ce qui n’empêche pas Rodolphe Cahn d’avoir une opinion
clairement arrêtée sur l’évolution du phénomène : « Le seul moyen de mesure dont on dispose, c’est le nombre de personnes que l’on rencontre et qui viennent dénoncer des faits dont elles ont été
victimes. Le parquet du tribunal tient lui aussi un décompte, mais il minimise les faits — involontairement d’ailleurs —, puisqu’il n’a pas connaissance de l’ampleur du ‘‘filtre’’ que
représentent collectivement les avocats ou les associations de lutte contre les discriminations. Personnellement, je vois de plus en plus de plaignants, au moins deux fois par semaine… Ceci étant
dit, je ne pense pas que ce type de délits augmente plus vite à Mulhouse qu’ailleurs. Simplement, on partait de plus haut… »
Plus haut, tiens donc… Et pourquoi ? « Je vous retourne la question :
pourquoi y a-t-il autant de cimetières profanés en Alsace ? Pourquoi l’extrême droite continue-t-elle d’y faire de scores plus élevés qu’ailleurs ? La banalisation de son discours a elle aussi
des conséquences sur les propos que s’autorisent les gens. »