Non au morcellement ethnique de la République

Publié le par Licra Mulhouse

La réunion interministérielle sur « les Gens du voyage et les Roms » et le discours de politique sécuritaire du Président de la République à Grenoble marquent une sévère rupture dans le pacte social républicain. 

Il n’est pas question, pour la Licra, de se joindre aux attaques ad hominem et aux démarches partisanes qui ont fleuri ces derniers jours. Les faits sont suffisamment graves et les mots lourds de sens pour qu’ils ne soient point parasités par des considérations politiciennes. 

Le Chef de l’Etat a pointé du doigt, à raison, la délinquance qui « met par terre des années de travail de militants associatifs, d’élus locaux, de gouvernements ». Mais, en choisissant de désigner « l’étranger » comme principal responsable, ses déclarations entretiennent fantasmes et préjugés, encouragent la logique du bouc émissaire et contribuent à un morcellement ethnique de la nation.

Si les émeutes de Saint-Aignan sont condamnables et doivent être réprimées, il n’est pas acceptable que des populations soient comptables des méfaits de quelques-uns de leurs membres ; ce qu’avalise, quoi qu’on en dise, à la fois la tenue de la réunion sur « les problèmes que posent les comportements de certains parmi les Gens du voyages et les Roms » et ses conclusions. De facto, cette démarche enferme ces deux populations dans un statut de « présumé délinquant » et favorise les pires stéréotypes. Ce que l’on s’est ainsi permis avec les Gens du voyage et les Roms, personne ne l’aurait imaginé et entrepris avec une autre population. 

Quant aux violences de Grenoble, elles sont tout aussi inacceptables et leurs auteurs doivent être jugés à la mesure de la gravité des faits commis. Mais il n’est pas tolérable que ces événements dramatiques conduisent à une ethnicisation par l’Etat du débat sécuritaire et à la mise en place de lois d’exception. 
En annonçant « la déchéance de la nationalité française de toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un policier ou d’un gendarme » et en ajoutant que « l’acquisition de la nationalité française par un mineur délinquant ne doit plus être automatique au moment de sa majorité », au-delà même de jeter une seconde fois l’opprobre sur une partie de la communauté française, le Chef de l’Etat instaure par ces mesures une différence de droits et construit une citoyenneté de seconde zone. 

Il n’est pas concevable que le lignage puisse définir l’appartenance citoyenne dans notre pays. Nos concitoyens revendiquent aujourd’hui de n’être plus assignés à leurs origines, réelles ou supposées, mais d’être seulement reconnus comme Français. 

Le Président de la République souhaite faire de l’accession à la nationalité française un honneur. Or, la banalisation de la mesure de déchéance qu’il préconise participe au contraire à sa désacralisation en créant une catégorie de citoyens en probation.

Nicolas Sarkozy aime à rappeler, à juste titre, qu’il n’y a pas de liberté sans sécurité. Mais il n’y a pas non plus de liberté sans égalité. La sécurité que doit assurer l’Etat à ses sujets de droit ne saurait l’être au détriment de l’égalité qu’elle leur doit tout autant. Ce n’est pas sécurité ou égalité, mais l’une et l’autre. A nos gouvernants de trouver cette difficile alchimie, en concertation avec la société civile.

Car, au-delà des annonces et de leurs conséquences, se dessine par le caractère de ces mesures sécuritaires un projet de société. A quoi aspirons-nous ? A une société mille-feuille où s’empileraient des communautés dont les droits ne seraient pas les mêmes ? Ou à l’indivisibilité et l’unicité de la République, voulues par ses fondateurs ?

Sans candeur ni incantation, la Licra a depuis longtemps fait son choix. Notre République repose sur une Constitution qui garantit à chacun des droits inaliénables, sans distinction d’origine ou de religion. Leur mise en œuvre est l’affaire de tous, en premier lieu, celle du Président de la République, garant de la constitution et de la cohésion nationale, mais également celle des membres du gouvernement, des élus et des militants associatifs. C’est le sens du combat mené par la Licra depuis 1927. 

Malheureusement, ce n’est pas le sillon tracé par les dernières déclarations du Chef de l’Etat. La Licra le regrette profondément et ne peut que l’inviter à les reconsidérer, au nom des principes qu’il affirme défendre et des intérêts supérieurs de la Nation qu’il incarne.


Alain JAKUBOWICZ 
Président de la licra

 

http://www.licra.org/lactualite/tribunes-libres/2222-contre-le-morcellement-ethnique-de-la-republique

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